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Le cinéaste anglais Ken Loach a commencé à partager gratuitement ses films. Mais les Français, les Belges et les Néerlandais ne pourront pas en profiter, car la maison de distribution a refusé l’accès libre. L’artiste censuré par ses intermédiaires, le public appréciera… (Slate) ••• En un mois, l’iPad s’est vendu à un million d’exemplaires aux États-Unis et a réalisé 1,5 million de téléchargements de livres sur l’iBookStore. Sur la même période, Feedbooks (ouvert à toutes plateformes) en a écoulé 2,5 millions (Actualitté) ••• La société mediaIDEAS, spécialisée dans l’étude de marché éditorial, estime que la vente des liseuses représentera 400 millions d’unités d’ici 2020. Il existait 5 modèles de lecteur d’ebook en 2007, il en existe 40 au premier trimestre 2010 et ce chiffre devrait être doublé dans les douze mois à venir. ••• Les Big Brother Awards France ont publié la liste des organisations et personnaliés sélectionnées pour recevoir ce prix récompensant le mépris de la liberté et de la vie privée. Outre les attendus Facebook et Google, on y trouve par exemple Thierry Lhermitte, l’acteur ayant investi dans la société de surveillance des internautes Trident Media Guard. ••• « Change or die » : c’est le message du Book Industry Study Group (Etats-Unis) réuni début mai à New York. Contrairement à leurs collègues français, les éditeurs américains ne manient pas la langue de bois. Ils s’attendent donc à des fermetures nombreuses de librairies dans la décennie 2010 et à une remise en cause frontale du modèle économique du livre, due au passage au numérique. St-Martin Press a par exemple observé dès 2009 que les e-books représentent 30 % de ses ventes en premières semaines, cannibalisant les chiffres des éditions papiers hard-cover, c’est-à-dire le premier tirage papier (Publishers Weekly). ••• Chis Palma a confirmé le lancement de Google Editions entre juin et juillet. Contrairement à Amazon, Appleou Barnes&Nobles, Google joue la carte de la simplicité et de l’universalité : les livres achetés seront consultables sur tout support pourvu qu’il ait un logiciel de lecture de format ePub (Wall Street Journal) ••• Dans la perspective du web social, le Kindle proposera de mettre en commun les passages les plus soulignés d’un livre électronique (eBouquin). Mais du coup, les lecteurs s’interrogent : cette fonction suppose que Big Brother Amazon surveille leurs lectures. ••• Dans le même ordre d’idée, Jeff Howe a lancé One Book, One Twitter : un compte où tous ceux qui ont aimé un livre partagent leur enthousiasme. Il sera intéressant d’observer à l’avenir si les réputations décentralisées sur réseaux sociaux ont un impact important sur les ventes… ce qui compliquerait singulièrement les plans promo et marketing des éditeurs industriels ••• Le fournisseur d’accès associatif FDN et la Quadrature du Net ont déposé au Conseil d’Etat un recours en annulation de certaines procédures de l’Hadopi (Numerama). Le Sénat a par ailleurs demandé le report de l’adoption de la loi Loppsi 2 (filtrage des sites par logiciels policiers), mais le gouvernement fait le forcing pour une adoption en septembre prochain (ZDNet) ••• Le Parlement Européen n’entend pas se conformer aux pratiques américaines d’accès à certaines données (informations financières, listes de passagers, etc.) en dehors d’un cadre judiciaire, telles qu’elles se sont développées de plus en lus systématiquement dans la « guerre à la terreur » de l’après-11 septembre 2001. L’Electronic Frontier Foundation revient sur ces enjeux donnant lieu à de vigoureux débats, dans une certaine indifférence des citoyens.
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A2K (Access to kowledge) diffuse un court film sur les contradictions et excès de la propriété intellectuelle à l’âge d’Internet, When copyright goes bad. Aux Etats-Unis, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont déjà été traînées devant les tribunaux par les industries de la culture. ••• Eben Moglen défend la liberté sans nuage : ce juriste pointe les dangers des données personelles retenues dans les nuages de serveurs à fin de monétisation privée ou de contrôle gouvernemental. « Les problèmes de société engendrés par le modèle client-serveur viennent de ce que les serveurs conservent dans leur journaux de connexion (logs) les traces de toute activité humaine sur le Web, et que ces journaux peuvent être centralisés sur des serveurs sous contrôle hiérarchisé. (…) Les services sont centralisés dans un but commercial. Le pouvoir des traces est monnayable, parce qu’elles fournissent un moyen de surveillance qui est intéressant autant pour le commerce que pour le contrôle social exercé par les gouvernements. Si bien que le Web, avec des services fournis suivant une architecture de base client-serveur, devient un outil de surveillance autant qu’un prestataire de services supplémentaires. Et la surveillance devient le service masqué, caché au cœur de tous les services gratuits. ». La solution ? Des micro-serveurs comme Sheevaplug ou Linutop 2 : « les gens le ramènent à la maison, le branchent sur une prise électrique, puis sur une prise réseau, et c’est parti. Il s’installe, se configure via votre navigateur Web, ou n’importe quelle machine disponible au logis, et puis il va chercher toutes les données de vos réseaux sociaux en ligne, et peut fermer vos comptes. Il fait de lui-même une sauvegarde chiffrée vers les prises de vos amis, si bien que chacun est sécurisé de façon optimale, disposant d’une version protégée de ses données chez ses amis.(…) Mais le journal de connexion est chez vous, et dans la société à laquelle j’appartiens au moins, nous avons encore quelques vestiges de règles qui encadrent l’accès au domicile privé : si des gens veulent accéder au journal de connexion ils doivent avoir une commission rogatoire. » ••• A propos de la vie privée, Tristant Nitot (Mozilla) donne une série de liens utiles pour rappeler ce que les géants du web (Google, Facebook) savent sur vous. La question des données personnelles devient un enjeu important… en même temps qu’une bonne part de la gratuité du web est fondée sur la publicité et le « profilage » (comme d’ailleurs les médias presse, radio et télé). Je suis pour ma part plus circonspect sur ces questions, préférant à tout prendre que la manne publicitaire se déverse sur le net que sur les anciens médias centraux. ••• Réponse du berger à la bergère ? Google a décidé de publier la carte mondiale des requêtes gouvernementales qui lui sont adressées, pour supprimer un service ou obtenir l’adresse IP d’un particulier. Pour le second semestre 2009, la France arrive en cinquième positition (846 requêtes). Brésil, Etats-Unis et Royaume-Uni sont en tête. ••• Paul Young (Observer) ne constate pas de corrélation forte entre l’activité Twitter et le succès des livres numériques, contrairement à ce qui a été analysé pour le cinéma. Cela n’est pas très étonnant à ce stade de maturité du marché numérique pour le livre. ••• Un site dédié, un site Facebook, une application iPhone, un compte Twitter… Jonathan Egg met le paquet pour assurer la popularité de son Get Capone, à paraître chez Simon & Schuster, comme l’explique Clément Buée sur eBouquin. ••• O’Reilly publie une première étude sur les prix moyens observés sur l’iBookStore d’Apple. Tous livres payants confondus, cela s’échelonne de 10 à 13 $, les essais étant plus chers que la fiction. Il reste que ces prix sont environ 40 à 50% moins chers que les hardcovers (première édition, couverture cartonnée et reliure cousue) et 30 à 35% que les paperbacks (seconde édition retardée, moindre qualité). On verra bientôt si Hachette et ses amis ont consenti à de tels efforts en France ••• Alors que Serge Eyrolles (SNE) rappelle au Sénat que le marché du livre numérique n’existe quasiment pas en France (moins de 1%), il atteint déjà 5% au Royaume-Uni. Peut-être que le Syndicat national de l’édition a une explication pour ce décalage ? La mienne est simple : une entente cordiale des gros acteurs industriels de la chaîne papier pour freiner une évolution qui leur sera économiquement défavorable, le lecteur n’étant plus prisonnier d’un modèle datant du XIXe siècle et aboutissant à un livre bien trop cher ••• Constantin Film a exigé de You Tube le retrait de toutes les parodies « hitlériennes » faites à partir de la désormais célèbre scène de la crise de nerf dans le bunker (film La Chute). Ce qui a évidemment donné lieu à plein de nouvelles parodies... hébergées ailleurs. ••• Par la voie de l’eurodéputée Marielle Gallo, la France est à la pointe des positions les plus conservatrices en matière de répression des internautes au nom du droit d’auteur. Avec un vieil ami de la police et de l’industrie à la tête d’un Etat ataviquement porté à pondre des lois tous les quatre matins pour réguler une société civile jugée incapable d’autonomie, ce n’est pas non plus une surprise. ••• Sur Affordance, Olivier Ertzscheid publie papier très intéressant consacré à l’écosystème informationnel d’Internet.
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600.000 livres téléchargés sur l’iBookstore en une semaine seulement, et une extension de ce service à l’iPhone prévu pour l’été : Apple booste à n’en pas douter le basculement du livre vers le numérique ••• Eric E Schmidt, patron de Google, a confirmé le lancement d’une tablette concurrente du dernier joujou d’Apple et fonctionnant sous Android. Mais à vrai dire, on s’attend à une déferlante après les succès du Kindle et de l’iPad : outre Sony, HP, Microsoft et Nokia travaillent à leurs offres e-reader, et une bonne dizaine de petits constructeurs lancent des liseuses entrées de gamme (arrivés sur le marché ces dernières semaines : ViewSonic VEB 620 et 625, Ezy eBook, Smart Devices LCD, Kobo eReader…) ••• Si l’Europe ne connaît pas encore un décollage semblable, la Chine est déjà sur les rangs. Le constructeur local Harvon Datang a écoulé 400.000 readers en 2009 et annonce un prévisionnel de 3,5 millions pour 2010 ••• La BnF et Wikimedia ont signé un accord qui va permettre à tous les internautes, au travers de Wikisource, d’avoir accès aux transcriptions d’oeuvres tombées dans le domaine public issues de Gallica. Wikipedia va donc s’imposer, à côté de Google Books, comme une plateforme d’accès aux textes libres. ••• L’Etat français vient de proposer une « licence publique » (IP) signalant l’usage libre (y compris dans un cadre commercial) de données issues des administrations. ••• Des chercheurs de Hewlett-Packard affirment que le nombre de tweets est un prédicteur fiabe du nombre d’entrées et du chiffre d’affaires d’un film ! Ils ont analysé 3 millions de messages Twitter concernant 25 films, édités entre décembre 2009 et février 2010. Microblogging et prescription sociale sont-ils capables de déjouer les stratégies marketing en faisant courir la rumeur dès la sortie du film ? ••• Emotion des éditeurs aux Etats-Unis : dans son bulletin éthique très lu (The Ethicist, New York Times), Randy Cohen affirme qu’il est « illégal » mais pas « amoral » de pirater un livre numérique dont on a déjà acheté une version papier. ••• Les auteurs, artistes et interprètes sont-ils correctement servis par les sociétés spécialisées dans la collecte de leur droit ? Pas vraiment, si l’on en croit la Commission permanence de contrôle des sociétés de perception et de répartition des droits a publié son rapport 2009 (pdf), sous la direction de Christian Phéline, conseiller maître à la Cour des comptes. Le rapport montre que les rémunérations salariales de ces sociétés s’élèvent à 20% du budget et qu’elles ont surtout augmenté trois fois plus vite que les perceptions. Les frais de représentations (voyages et gueuletons en clair) ont également connu une inflation inquiétante. ••• Contre Acta, dont les travaux se poursuivent actuellement en Nouvelle Zélande, un nouveau libelle international a été lancé (déclaration de Wellington). ••• Nadine Morano, secrétaire d'État en charge de la Famille, expose sur LCI sa philosophie du Net… et en appelle à la police : « J'ai toujours pensé que par rapport à ce monde du réel, que nous avons, et ce monde du virtuel qui maintenant existe dans nos vies, il nous faudrait nous organiser d'une manière internationale parce que Internet n'a pas de frontière, nous n'avons pas les mêmes législations, et ce qu'on y trouve est à la fois fabuleux et profondément dangereux, au-delà des rumeurs bien entendu, des blogs qui sous couvert d'anonymat déversent un torrent de boue d’insultes, d’injures et de mensonges je crois qu’il nous faudrait un jour une police internationale d’Internet ».
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La réponse au piratage ? L’innovation, répond James Cameron, qui envoie au passage une volée de bois vert à l’industrie du disque. « Avec la G4 et la loi de Moore, vous ne pouvez par lutter contre lui [le piratage] (…) l’industrie musicale l’a vu venir, elle a essayé de le stopper et elle s’est fait dépasser. Alors ils ont commencé à faire des procès à tout le monde. Et on en est là ». ••• Après La Martinière, Gallimard, Eyrolles, Albin Michel et Flammarion vont justement poursuivre Google en justice. Les industriels de l’édition papier n’ont rien compris, et c’est tant mieux, on attend la chute future de leur CA avec autant de plaisir que l’on observait celle des majors de la musique. ••• Serge Eyrolles déclare à propos de Google : « C’est une librairie virtuelle. Comme Amazon. Non, pire qu’Amazon. D’autant plus que leur numérisation est de mauvaise qualité et le rendu pas du tout appréciable. L’avenir est à une numérisation intelligente, pas ce qu’ils font actuellement. » Google sait très bien ce qu’il fait, comme le relève Bruno Racine (président de la BnF). Sur Internet, une bonne part de l’intelligence est collective : ce sont des millions de lecteurs qui créent des ontologies par leurs tags, signalent et corrigent des erreurs, etc. En fait, la génération Eyrolles ne comprend pas le nouveau statut du texte numérique, elle raisonnera Gutenberg jusque dans sa tombe. ••• Le Parti Pirate français propose une Déclaration des droits de l’internaute en version évolutive Creative Commons. Si j’avais un seul conseil (hors déclaration), arrêter de s’appeler Parti Pirate et se nommer Parti Numérique tout court. Moins romantique, mais bien plus ample comme enjeu de civilisation. ••• Calogero, hadopiste de la première heure, défenseur acharné de la propriété littéraire et artistique, vient d’être condamné en première instance pour contrefaçon de droits d’auteur. Il se serait trop inspiré de la mélodie d’une autre œuvre. Eh oui, camarade, c’est cela le délire propriétaire des épiciers du temps présent, tu auras toujours un ayant droit pour identifier un vague plagiat dans ton inspiration alors même que toute création s’inspire des créations antérieures ••• Le CNL publie avec Ipsos MediaCT une vaste étude sur l’avenir du livre numérique. Les trois enjeux sont l’accès (offre éditoriale trop limitée, mais plaisir à dénicher des introuvables en papier), l’objet (devant encore démontrer son confort), la valeur (liseuses et livres numériques trop chers). Les opinions exprimées suggèrent une co-existence du numérique et du papier, avec un fort potentiel de croissance du premier chez les CSP+ , les gros lecteurs, les femmes et les hommes plutôt jeunes (30-40 ans), les amoureux du roman et du livre pratique. Les auteurs estiment que « la numérisation du livre paraît irréversible ». ••• iBooks vient d’arriver sur la version 9.1 d’iTunes ••• Le magazine Lire publie un dossier sur ce que gagnent les écrivains, avec le constat d’une radicalisation du fossé entre l’auteur bankable et le lumpen-scriptuariat. Jean-Marc Roberts (PDG de Stock) : « La situation a tendance à se radicaliser : vous allez avoir, d'un côté, des auteurs inconnus qui, jadis vendaient à 3000 exemplaires, mais qui plafonnent aujourd'hui à 400, et auxquels il va falloir dire que l'on va diviser leurs à-valoir par trois et, de l'autre, des romanciers qui ont la chance de dépasser les 30.000 exemplaires et seront surpayés. Le risque, c'est que les éditeurs ne financeront plus de véritables projets littéraires. » Certes, mais pour « financer un projet littéraire », l’auteur numérique pourra surtout se passer des éditeurs puisque d’une part, l’argument imparable des moyens lourds de production et diffusion n’existe plus en format digital, d’autre part le système actuel du livre papier ne rapporte déjà quasiment rien à la multitude, en favorisant la starisation et la best-sellerisation. ••• Je vous rappelle à ce sujet, chers lecteurs, que si voulez inventer une autre manière d'éditer un texte au XXIe siècle, c'est ici que l'on avance à grands pas – mais c'est en phase opérationnelle, donc réservé à ceux et celles qui veulent s'y coller concrètement, si le débat de fond vous intéresse plus, alors vous êtes au bon endroit :-).
Quelques nouvelles du livre numérique
Google Edition (présentation Livre-Hebdo) arrivera en France en juillet 2010, avec une offre de deux millions de livres provenant de 30.000 éditeurs dans le monde. On pourra acheter directement depuis Google ou sur un site tiers (éditeur, libraire). Le fichier restera en cloud. ••• Le même Google, mais Books cette fois, a passé un accord avec le gouvernement italien pour numériser un million de titres libres de droit, des bibliothèques nationales de Rome et de Florence (AFP). Dans ce texte déjà ancien (Le Motif, octobre 2009), je constate avec surprise que Gilles Deleuze est en tête des livres les plus piratés (13 titres), devançant Werber (11) et Nothomb (10). ••• Comme son nom ne l’indique pas, E-Paper World est une revue numérique francophone consacrée aux papiers électroniques et médias intelligents. (Un magazine professionnel pour être précis, EPC Partners). ••• Toujours dans le monde pro, izibook développe sa solution de diffusion en ligne pour éditeurs et libraires. J’observe dans les « questions fréquentes » que cette société déconseille à ses clients les DRM (« nous attirons votre attention sur la lourdeur de mise en œuvre de ces technologies et leur caractère contraignant pour l'utilisateur final même (et surtout !) dans le cadre d'une utilisation légale. Pour toutes ces raisons la protection des biens culturels par DRM est aujourd'hui en net recul »). ••• Actualitté rapporte un sondage (américain) d’Aptara sur l’impact des ebooks et l’attitude des éditeurs. 53 % ont déjà des offres numériques, 27 % en rejettent l’idée, 9 % envisagent que l’électronique se substitue au papier. ••• Les chiffres de l’International Digital Publishing Forum (USA) sur 2002-2009 donnent une belle idée de l’envolée du livre numérique aux États-Unis entre le quatrième trimestre 2008 et le quatrième trimestre 2009. Ce n’est ni le premier ni le dernier marché où l’on voit naître de telles exponentielles. ••• Le libraire Barnes & Noble compte tester massivement la vente en bimedia, papier + numérique au cours du prochain trimestre.
Mix, remix
> Billet intéressant du psychologue Vaughan Bell sur l’histoire des grandes peurs face à l’afflux d’information : tour à tour, l’écriture, l’imprimerie, les livres, les journaux, l’école et jusqu’à Internet donc ont été accusés par les Cassandre de leur temps (dont l’éminent Socrate) de mener l’humanité à sa catastrophe prochaine.
> Dans Le Monde, deux auteurs nous disent : « Il est urgent de réfléchir aux véritables causes de la violence scolaire. » Très bien, enfin la dimension multi ! Ensuite : « Notre modèle éducatif est à bout de souffle, il produit de l'exclusion et il reproduit les inégalités sociales. Majoritairement de répétition et concentrée dans 10 % des établissements, la violence ne pourra être combattue que par une politique qui s'attaque à ses racines : le décrochage scolaire et la relégation dont sont victimes les jeunes des classes populaires. » Et c’est tout. Ce n’est pas faux, mais à nouveau, diagnostic de sécheresse intellectuelle et d’exclusive idéologique : de l’influence des hormones à celle des pairs ou des codes culturels en passant par les troubles du développement, il y a plein d’autres facteurs expliquant la violence scolaire.
> Dans son livre sur les « dix questions auxqueles la science ne répond pas (encore) », Michael Hanlon se demande notamment : « Qu’allons-nous faire avec les idiots ? » Il observe qu’avec les progrès de l’automatisation et le déclin démographique de toutes les tâches non-cognitives, les 10-15% de personnes dont le QI se situe entre 70 et 85 ont une probabilité croissante de se retrouver à la rue ou en prison, faute d’emploi.
> Marc-Edouard Nabe expose sa notion d’anti-édition sur le blog de La Revue Littéraire (éditions Léo Scheer). Une guerre ouverte de l’auteur contre les éditeurs plutôt réjouissante. Sur un thème similaire, Laurent Margantin publie sur son blog une tribune : « pourquoi je publie en numérique ».
> Souvent, je lis des auteurs et je ne découvre que bien plus tard leur visage. Et souvent, sans que je me sois pourtant forgé un portrait imaginaire très précis, je suis surpris par ce visage. Cela laisse supposer que, par quelque mystérieuse association, nous produisons une sorte de physiologie spontanée de nos lectures. Je me demande comment mes lecteurs m’imaginent…
> A propos de visages, une exposition vient de s’ouvrir à l’espace créateurs du Forum des Halles, sur le thème des « shopping addicts ». Le photographe Jurgen Ostarhild a utilisé des shoots de caméras de sécurité et des outils d’analyse biométrique pour produire des « visages-type » en morphing. Le résultat est aussi effrayant que ce que l’on croise généralement au Forum des Halles – ne cherchez pas une lueur d'intelligence sous les cheveux gélifiés.
Mélange
> Mon iPhone m’a localiser : l’équipe d’Albert-László Barabási (Centre de recherche sur les réseaux complexes, Northeastern University, Boston) a analysé pendant trois mois, de manière anonyme, les trajets de 50.000 utilisateurs de téléphone mobile. Il en résulte que leurs mouvements sont rapidement prédictibles, et cela à raison de 93% de leur temps. Non seulement quand ils dorment et travaillent, donc, mais aussi bien pendant la pause déjeuner et la soirée. Le week-end ne montre pas de tendance exceptionnelle, les loisirs semblent tout aussi routiniers.
> Polémique hexagonale : dans certains de ses restaurants, dont celui de Roubaix, la chaîne Quick propose uniquement de la viande halal et supprime le bacon. Dans L’Express, Christophe Barbier en appelle à la « république laïque ». Franco de port (ou de porc, je ne sais pas trop). Et bien sûr, Marine Le Pen y voit une agression supplémentaire contre l’identité nationale. Les stratégies marketing du burger Giant deviennent ainsi des symboles de la république et de la nation : il n’y a sans doute que la France pour tomber si bas.
> L’Iran développe à marche forcée son programme nucléaire civil : mais… c’est « bon pour la planète ! », comme devraient l’ânonner les ahuris du climat réchauffé et champions de la réduction d’effet de serre. Plus sérieusement, Web of Science vient de montrer que l’Iran a la plus grande croissance de publication scientifique au monde, onze fois le rythme de la moyenne planétaire. Au-dessus du rythme de l’Asie, qui a surpassé l’Amérique du Nord depuis 2009. La géopolitique de la connaissance connaît des mutations discrètes. Et aussi des issues fatales : il se murmure que le physicien iranien Massoud Mohammadi a été dégommé par le Mossad.
> A propos de nucléaire, François Filloux suggère que l’attaque chinoise contre Google n’a absolument rien à voir avec des militants des droits de l’homme (on trouvait cela bizarre, aussi) : il s’agirait d’une tentative de craquer les codes source de Map Reduce, BigTable et GFS, qui organisent l’architecture distribuée du géant américain. Cela afin de s’en inspirer pour les simulations d’armes atomiques, très gourmandes en mémoire.
> Un psychologue new-yorkais, James Cutting, mesure l’attention des spectateurs lorsqu’ils visionnent 150 films hollywoodiens produits entre 1935 et 2005 (par une transformation de Fourier des ondes cérébrales et une analyse de leur « bruit rose », ou « bruit fractal » de Mandelbrot et Van Nesse, 1/f). Les spectateurs sont d’autant plus attentifs que le film est récent. Son explication pour cette évolution « neurocinématique » : les réalisateurs ou producteurs copient de plus en plus les films qui « marchent ». Je ne suis pas très convaincu. Par exemple, un simple effet de familiarité avec les films récents (contenu, forme ou style de tournage propres à l’époque) ne produirait-il pas la même tendance ?
> Sur Slate, Philippe Boggio nous explique en substance que s’en prendre à BHL, cela relève quasiment du « délit de faciès », cela nous plonge dans les « eaux boueuses », celle de l’antisémitisme bien sûr. Nous serions à la « dernière étape avant l’ignominie » : « Compte tenu de l'état de la société, de ses besoins de lynchage, de sa passion pour les oukases médiatiques, la prochaine fois, au prochain livre, internautes, lecteurs ou critiques, quelques-uns ne se retiendront plus. Bernard-Henri Lévy, ce juif… ». Ben non, Boggio, cela te fait sûrement du bien de fantasmer dans ton coin, mais tu n’y es pas. Puisque ton seul argument se résume au procès d’intention, il n’y a rien d’autre à faire que de répéter son intention : BHL n’est pas le symbole de la « juiverie », mais de la cuistrerie. Elle est universelle, elle se fout des races et des religions, elle est risible ou nuisible, selon les jours et les humeurs.
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